
Septembre 2021 · La toute première fois
Quatre mois après la fin du dernier confinement, on a réuni une poignée de photographes animaliers dans un jardin entouré de murs en béton. Sur des chaises en plastique. Avec une pièce vidée en guise de salle de conférence. Et ça a été l'un des plus beaux jours de notre vie professionnelle.
Il faut se rappeler d'où on venait. 2021, c'est l'année où les photographes ont compris qu'ils pouvaient tenir des mois sans voir un seul confrère. Les mariages annulés, les séances repoussées, les groupes Facebook qui tournaient à vide. On avait tous le même métier, et personne pour en parler.
L'idée du Gang est née là, dans cette solitude-là. Pas d'un business plan : d'un manque. On voulait juste se retrouver quelque part, avec des appareils et des chiens, et voir ce qui se passerait.
Soyons honnêtes : le lieu était affreux. Un jardin parisien coincé entre des murs de béton, sans perspective, sans lumière rasante, sans le moindre décor. On avait vidé une pièce pour y installer les conférences. Les chaises étaient en plastique. Il y avait quatre intervenants et à peu près autant de rallonges électriques qui traversaient la pelouse.
On a passé la semaine d'avant à s'excuser d'avance auprès des inscrits.
Ce qui s'est passé ensuite, on ne l'avait pas prévu. Les gens sont arrivés, les chiens ont fait ce que font les chiens — ils ont brisé la glace en trente secondes — et plus personne n'a regardé les murs.
Il y a eu des photographes à genoux dans l'herbe pendant une heure pour une seule image. Des inconnus qui se prêtaient un objectif. Des conversations sur les tarifs, sur les clients difficiles, sur le syndrome de l'imposteur, que personne n'avait osé avoir depuis deux ans. Une intervenante qui a fini sa conférence assise par terre parce qu'il n'y avait plus de chaise.
Personne n'a parlé des murs en béton. Tout le monde a parlé des gens.

Photo d'illustration — les archives de 2021 arrivent bientôt
Qu'on s'était trompés sur ce qui compte. On croyait vendre un lieu, un programme, une affiche d'intervenants. En réalité, on avait créé un endroit où des photographes isolés pouvaient enfin poser leurs questions à voix haute.
Le soir, plusieurs personnes nous ont demandé quand serait la prochaine. On n'avait pas de réponse. On savait juste qu'il y en aurait une.
Toutes les éditions suivantes — l'arboretum en 2022, le domaine de montagne en 2023, la ferme en 2025 — sont sorties de cette journée dans un jardin moche. Et à chaque fois, on a essayé de retrouver ce qui s'était passé là, entre les rallonges et les chaises en plastique.
Ceux qui étaient là racontent encore cette journée. Les autres ont mis un an à comprendre ce qu'ils avaient raté.
Et maintenant ?
Cinq ans après le jardin en béton, le format n'a pas changé d'esprit — mais tout le reste a changé d'échelle. Les places des formats courts partent vite, et la billetterie ouvre plusieurs mois à l'avance.